Rédigé par le pôle Aménagement, Développement économique et Numérique
Suite à l’accompagnement par ESPELIA d’une douzaine de projets de tiers-lieux et de structuration de réseaux de tiers-lieux partout en France, nous vous proposons un arrêt sur image afin de partager notre analyse de ces projets atypiques.
Parfois thématisés (inclusion numérique, économie circulaire, solidaire, économique), parfois intégrateurs, les tiers-lieux nécessitent que les collectivités et leurs partenaires définissent les conditions de faisabilité et de réussite de ces projets. De façon sous-jacente, l’exercice interroge avant tout la relation entre les tiers-lieux, leurs territoires et les collectivités locales.
A travers une série de billets, nous nous efforcerons de donner quelques clefs de compréhension et de réponse aux questions suivantes : qu’est-ce qu’un tiers-lieu dans un contexte de croissance exponentielle de l’offre sous des formes multiples et hybrides ? quelles interactions ou soutiens engager suivant le positionnement et les ambitions de la collectivité ? quelles place et posture pour les collectivités vis-à-vis de ces lieux, pour l’essentiel, d’initiative privée ?
Seront mis en exergue les points de vigilance et de bonnes pratiques, permettant de :
Ce premier billet se concentre sur la conception des tiers-lieux pour orienter au mieux la politique de soutien des collectivités et ébauche les interactions possibles entre Collectivités et tiers-lieux.
Si France Tiers-Lieux définit les tiers-lieux comme des outils structurés autour des grandes fonctions suivantes[1] :
force est de constater que leur diversité impose une certaine flexibilité dans leur définition.
Deux grandes méthodes de définition semblent toutefois se dessiner : l’une par la nature et le fonctionnement des lieux, l’autre par la définition d’un socle commun de services.
Ainsi, l’enjeu majeur pour les collectivités réside dans un « bon détourage » lors de la définition des tiers-lieux de leur territoire. Cet exercice périlleux nécessite que la collectivité évolue sur une ligne de crête : en recherche permanente d’une flexibilité définitionnelle, à même de révéler l’offre existante et ainsi de ne pas négliger des services irriguant le territoire, tout en veillant à ne pas tomber dans l’écueil d’une élasticité trop grande de la définition, source de perte de sens et possiblement paralysante pour la collectivité.
Il n’est pas rare que des structures puissent « sur le papier » être qualifiées de tiers-lieux mais ne se vivent ou ne s’affichent pas comme tels (par modestie à l’égard d’un concept qui renvoie à un dimensionnement de structure et de sophistication élevées, par habitude de fonctionnement et historicité de la structure, par manque de temps pour se projeter comme tel, etc.). Pourtant, ces structures sont souvent bien implantées dans les territoires, ancrées dans les réseaux et identifiées par les populations.
Une collectivité, qui filtrerait de façon cartésienne et par « étiquette », risquerait alors de passer à côté de tiers-lieux potentiels et auxquels il ne manquerait pas grand-chose pour devenir des tiers-lieux en puissance. L’intérêt de l’intégration de ces structures dans le « radar Tiers-lieux » de la collectivité dépasse le simple exercice cartographique et vise avant tout à élargir le cercle des parties prenantes de l’écosystème tiers-lieux territorial, et ainsi bénéficier de la richesse d’expériences par essence différentes. L’appui financier, en ingénierie, l’inclusion dans un réseau, les relais et promotion d’offres… sont in fine conditionnés à cette première étape de bornage des périmètres.
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Quelles implications pour les collectivités ?
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Cet enjeu définitionnel est d’autant plus important aujourd’hui à l’aune de la multiplication des projets et créations de tiers-lieux. Un fois identifiés dans le tissu territorial, comment la collectivité peut-elle se positionner, interagir au mieux avec son tissu sans pour autant l’entraver ou dévoyer la philosophie des tiers-lieux ?
Les foisonnants programmes nationaux (AMI Fabriques de Territoire, Manufactures de proximité, Programme Nouveaux lieux - Nouveaux liens…), mais aussi régionaux (AMI tiers-lieux en Nouvelle-Aquitaine, du Grand Est, des Hauts-de- France, etc.) ont produit une multiplication de créations et projets de tiers-lieux, et dans son sillon une inflation d’intentions et de sollicitations pour les collectivités locales.
La question de la posture de la collectivité est d’autant plus sensible, que la création des tiers-lieux relève Outre cette initiative privée échappant aux collectivités, d’autres éléments amènent ces dernières à se questionner sur les synergies possibles. L’objet par essence protéiforme des tiers-lieux couplé à une forme de méconnaissance de leur fonctionnement place les collectivités dans une certaine perplexité vis-à-vis des actions les plus pertinentes pour aider leur développement.
Le croisement entre les fonctions, les usages et les espaces des tiers-lieux vient considérablement questionner le cloisonnement des politiques publiques : développement économique, insertion, éducation, numérique, politique de la ville, développement durable… se voient mêlés dans ce qui peut paraître, selon le niveau de sophistication ou d’appropriation, une combinaison peu lisible ou un savant mélange d’intentions de développement territorial. De quoi mettre en tension des collectivités, qui peinent la plupart du temps à « désiloter » leur propre organisation.
L’enjeu de définition d’une posture spécifique et pertinente pour chaque collectivité concernée intègre une dimension encore plus urgente au regard de l’accroissement du nombre de projets ou de créations de tiers-lieux. Il pose en creux la question de la pérennité de ces initiatives dans le temps dans un contexte probable de contraction des aides à leur émergence.
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Quelles implications pour les collectivités ?
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Le degré d’implication et de la posture des collectivités dans le soutien apporté à ces lieux posent des questions concrètes : Quelles doivent donc être les modalités d’arbitrage pour les collectivités ? Comment appuyer ces démarches sans être totalement à la manœuvre et dans le contrôle du projet ? Qui aider ? Quelles formes de soutiens mettre en place ? Quels projets prioriser ?
Ce sont les questions que le prochain billet se proposera d’adresser.
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[1] « Nos Territoires en Action, dans les tiers-lieux on fabrique notre avenir ! », France Tiers-Lieux, juin 2021
[2] Nous entendons ici par création l’acte juridique de naissance d’un tiers-lieu et non pas la genèse du projet ou l’étude de faisabilité.
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